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Le Huitièmeהשמיני

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L'âge d'or

דִּירָה בַּתַּחְתּוֹנִים

Une pièce simple éclairée, vue du dehors la nuit : une table mise, une lampe, et l'obscurité totale autour.
LXXIParagraphe 72 sur 501

Le Huitième et « l'âge d'or »

Un âge d'or enraciné dans la Torah ne doit pas s'imaginer comme une fantaisie décorative.

Son or n'est pas seulement prospérité.

Son rayonnement est une sainteté habitable.

Une économie rachetée requiert encore échange, intendance et responsabilité.

Une maison rachetée a encore de la vaisselle.

Une relation rachetée requiert encore l'écoute.

Une société rachetée a encore besoin d'éducation.

Une personne rachetée doit encore choisir.

Ce qui change, c'est l'orientation.

Le pouvoir devient intendance.

Le savoir devient Daat.

L'intimité devient alliance.

Recevoir devient transformation.

La différence devient relation.

L'âge d'or n'est pas une sainteté qui plane au-dessus de la civilisation.

C'est la civilisation devenant capable de porter la sainteté.

Voilà le Huitième.

LXXIIParagraphe 73 sur 501

Le Huitième dans le gouvernement

Malchus signifie royauté.

L'ère messianique ne peut donc éviter la réalité politique.

Mais la royauté de la Torah, à son plus haut, n'est pas expression de soi.

Elle est responsabilité devant Hachem.

Le roi existe pour ordonner la vie publique selon la finalité divine.

Moshiach comme huitième révèle une royauté dont l'autorité est la plus profonde parce que son ego y est le moins central.

Malchus n'a rien en propre.

Le roi idéal ne règne pas pour se magnifier.

Il devient le conduit d'une loi et d'une finalité au-dessus de lui.

Cela diffère radicalement des cultes modernes de la personnalité.

Plus la royauté est messianique, moins elle adore le roi.

LXXIIIParagraphe 74 sur 501

Le Huitième dans l'éducation

L'éducation à l'intérieur du sept se concentre souvent sur la transmission.

Le maître sait.

L'élève reçoit.

Nécessaire.

Beau.

Mais le plus grand maître éveille à la fin un élève capable d'engendrer.

L'élève pose une question.

Le maître découvre une profondeur jusque-là non formulée.

La réception devient retour.

C'est l'éducation qui se meut vers le huit.

Non l'effondrement de l'autorité.

L'achèvement de l'enseignement.

La plus grande victoire d'un maître n'est pas une dépendance permanente.

C'est la naissance d'un autre esprit fidèle à la vérité.

Le Daat Hachem messianique implique donc non seulement un accès universel à l'information, mais des êtres humains capables d'intérioriser la sagesse.

LXXIVParagraphe 75 sur 501

Le Huitième dans la relation

La même structure paraît entre les personnes.

Une relation immature peut réduire l'un à donneur et l'autre à receveur.

Une relation rectifiée circule.

L'un donne.

L'autre reçoit et rend quelque chose qui n'aurait pu exister sans avoir reçu.

L'amour devient création mutuelle.

Cela n'efface pas la différence.

Cela rend la différence féconde.

L'union sacrée appartient donc au Huitième non parce que le romantisme remplacerait la Torah, mais parce que la relation devient un microcosme du circuit fermé.

Hachpaa.

Kabbala.

Or 'hozer.

Demeure.

Deux personnes demeurent distinctes.

La relation devient une troisième réalité qu'aucune n'aurait pu produire seule.

LXXVParagraphe 76 sur 501

Le Huitième dans la maison

La maison est peut-être le plus petit modèle complet du monde messianique.

Elle a une limite.

Une porte.

Une table.

De la nourriture.

De la parole.

Du repos.

De l'intimité.

De l'hospitalité.

De l'autorité.

Du soin.

De la mémoire.

De l'avenir.

Des enfants peut-être.

Des hôtes peut-être.

Des livres.

De la lumière.

La maison prend des matières brutes du dehors et les transforme en relation habitable.

L'argent devient nourriture.

La nourriture devient repas.

Une pièce devient sanctuaire.

Le temps devient Chabbat.

Le vin devient Kiddouch.

Un mur devient lieu pour une mezouza.

La maison est Malchus.

Recevoir.

Porter.

Faire demeure.

Si le Huitième ne peut entrer dans la maison, il n'est pas arrivé.

LXXVIParagraphe 77 sur 501

Le Huitième et Chabbat

On pourrait demander : si sept est Chabbat, comment huit peut-il être plus haut ?

Parce que Chabbat lui-même contient des dimensions.

Sept est déjà mé'ein Olam Haba.

Un avant-goût de l'avenir.

Le cycle naturel contient une fenêtre au-delà de lui-même.

Cela montre une fois de plus que sept et huit ne sont pas ennemis.

Le septième murmure déjà huit.

Chabbat est la sanctification du monde achevé.

Huit est la révélation à laquelle la sanctification préparait.

On pourrait dire :

Chabbat est la reine qui arrive à l'intérieur de la semaine.

Huit est le secret de ce que la reine porte au-delà de la semaine.

LXXVIIParagraphe 78 sur 501

Chemini Atseret et le refus de se séparer

Revenons à :

“קשה עלי פרידתכם.”

La difficulté est la séparation.

Que guérit finalement la Guéoula ?

La séparation.

Non la distinction.

La séparation.

La distinction entre Créateur et création demeure absolue.

La distinction entre les âmes demeure.

Entre Israël et les nations.

Masculin et féminin.

Ciel et terre.

Pourtant l'aliénation faiblit.

Le Huitième n'est donc pas fusion.

La fusion détruit la relation.

Le Huitième est proximité sans effacement.

C'est peut-être le sens le plus profond d'Atseret.

Restez.

Ne vous séparez pas.

Le Roi et le bien-aimé demeurent distincts.

C'est précisément pourquoi l'intimité est possible.

LXXVIIIParagraphe 79 sur 501

Huit et le Nom de Hachem

La révélation future de Havayah porte une autre couche.

Havayah contient passé, présent et avenir.

היה הוה ויהיה.

Le temps lui-même est tenu devant Celui qui transcende la division temporelle.

Huit, comme nous l'avons vu par אז, touche cette transcendance du temps cyclique.

Le monde messianique devient capable de recevoir une révélation plus pleine de Havayah au sein de l'existence temporelle.

Non parce que Hachem change.

Parce que les réceptacles changent.

Le Nom fut toujours le Nom.

Le monde apprend à porter ce que le Nom signifie.

LXXIXParagraphe 80 sur 501

L'Infini ne signifie pas une quantité sans fin

Il faut préciser cela, sans quoi la notion de « huit comme infini » deviendrait imprécise.

Ein Sof ne signifie pas un très grand nombre.

L'infini dans la Torah n'est pas une quantité prolongée à jamais.

Hachem n'est pas le plus grand des étants.

Il transcende la catégorie des étants.

De même, huit ne signifie pas « un nombre si grand qu'il continue sans fin ».

Il signifie une relation à ce qui excède l'ordre clos représenté par sept.

Son infinité est qualitative.

Au-delà de la mesure.

Au-delà d'une causalité naturelle refermée sur elle-même.

Au-delà de l'achèvement cyclique.

Et pourtant capable d'entrer dans la mesure.

Cette dernière clause fait tout.

Autrement huit demeurerait sans pertinence pour la création.

LXXXParagraphe 81 sur 501

Le Huitième et Ein Sof

Au niveau d'Ein Sof, il n'y a pas de sept et de huit comme réalités indépendantes.

Les nombres appartiennent à la révélation.

Ein Sof est au-delà du compte.

La signification du huit ne peut donc être que huit « serait » d'une manière ou d'une autre Ein Sof.

Huit est un signe dans l'architecture révélée de la Torah, pointant vers la transcendance de l'ordre mesuré.

Cela protège le monothéisme et l'exactitude conceptuelle.

On ne doit jamais adorer des symboles.

Les nombres sont des réceptacles d'enseignement.

Celui vers qui ils pointent est au-delà de tout nombre.

Ainsi le Huitième est saint parce qu'il dirige la conscience au-delà de la clôture.

Non parce que le chiffre lui-même contiendrait une force occulte indépendante.

LXXXIParagraphe 82 sur 501

Le Huitième et le premier

Maintenant le mystère se referme.

Si huit est un plus sept, et si la première génération est l'Alter Rebbe, alors la Huitième Génération peut se lire comme la première génération révélée à travers les sept achevés.

C'est un hidouch dérivé.

Mais une fois vu, il possède une remarquable force explicative.

L'Alter Rebbe commence par l'unité.

Sept générations portent l'unité vers des formes de plus en plus concrètes.

La septième la porte vers le monde entier.

Puis la huitième revient au Alef.

Mais le Alef chevauche désormais le Zayin.

L'Un n'est plus seulement enseigné comme commencement.

L'Un devient visible à travers la multiplicité achevée.

Voilà Az.

Voilà l'octave.

Voilà la Guéoula.

LXXXIIParagraphe 83 sur 501

Le premier attendait toujours à la fin

Une semence n'est pas visible dans la forme de l'arbre.

Pourtant l'arbre vient d'elle.

Quand l'arbre produit un fruit contenant une semence nouvelle, le commencement revient à la fin.

Ce n'est pas de la circularité.

C'est de la fécondité.

La première semence pouvait produire un arbre.

La semence revenue peut produire une forêt.

De même, le premier point de l'Alter Rebbe traverse les générations et revient élargi.

Le premier n'est plus solitaire.

Il est devenu historique.

Incarné.

Traduit.

Diffusé.

On a souffert pour lui.

Bâti dans des communautés.

Le Huitième est la semence revenue après le fruit.

LXXXIIIParagraphe 84 sur 501

Le Huitième est le premier révélé depuis en bas

C'est peut-être la formulation la plus nette.

Le premier donne d'en haut.

Le huitième révèle le premier depuis en bas.

L'Alter Rebbe énonce l'unité.

Le monde messianique lui répond.

Le premier initie or yashar.

Le huitième est or 'hozer, portant la lumière originelle vers sa source.

C'est pourquoi le Huitième ne peut jamais mépriser le premier.

Il est le premier revenu.

Et c'est pourquoi le premier contient secrètement le Huitième.

Le don anticipe la réponse.

La Torah anticipe la tefila.

Le commandement anticipe la mitsva.

L'amour anticipe la réponse.

Le Alef anticipe Az.

LXXXIVParagraphe 85 sur 501

Le Huitième et la mission du Rebbe

Le langage public du Rebbe a placé de plus en plus Moshiach non aux marges de la vie juive mais au centre de la tâche de la génération.

Amener Moshiach.

Se préparer à Moshiach.

Étudier les sujets de Moshiach et de Guéoula.

Ouvrir les yeux.

Recevoir l'avenir.

Transformer le monde.

Cela signifie que la septième génération ne s'est pas définie comme un point d'arrivée clos.

Son achèvement pointe au-delà d'elle-même.

La dernière génération de l'exil est simultanément la première de la Rédemption.

Ainsi sept penche déjà vers huit.

Le septième est achevé et gros d'un enfant.

La mission du Rebbe donne à la question du huitième sa légitimité.

Si la tâche déclarée du septième est la Guéoula, alors demander à quoi ressemble le monde tandis que la Guéoula se révèle n'est pas un écart par rapport au septième.

C'est une obéissance à sa direction.

LXXXVParagraphe 86 sur 501

Le Huitième n'est pas « après le Rebbe »

Le langage chronologique peut égarer.

Le Huitième, dans ce maamar, ne doit pas se réduire à « ce qui vient après le Rebbe ».

Cette formulation fait du temps la question centrale.

Le langage plus profond est :

Qu'est-ce qui vient après que la mission du septième atteint son accomplissement ?

La réponse n'est pas une personne remplaçant une personne.

C'est la Guéoula remplaçant l'occultation.

C'est la finalité cachée du sept devenant manifeste.

Si un Moshiach humain se tient au centre de cette transition, comme la Torah l'exige, son identité doit se comprendre par la mission et non par la compétition.

L'axe est la rédemption.

Non une politique de succession.

LXXXVIParagraphe 87 sur 501

Le Huitième est conscient de Moshiach sans en être obsédé

Une conscience rachetée est centrée sur Hachem.

Non sur une fascination sans fin pour l'identité d'une figure humaine.

Moshiach importe parce que la finalité de Hachem importe.

Le roi importe parce que la royauté du Ciel doit être révélée.

La Guéoula importe parce que la création doit devenir demeure.

Le Beis HaMikdash importe parce que la Chekhina doit être manifeste.

La Torah importe parce que la sagesse de Hachem doit remplir la terre.

La conscience de Moshiach la plus authentique produit donc une plus grande conscience de D-ieu.

Si le discours sur Moshiach obscurcit Hachem, quelque chose a mal tourné.

Le Huitième pointe, à travers le roi, vers le Roi des rois.

LXXXVIIParagraphe 88 sur 501

Le Huitième et le langage de la filialité divine

Le Tana'h peut appeler Israël « mon fils, mon premier-né ».

Les rois davidiques peuvent être décrits en langage d'alliance père-fils.

Ce langage est sacré tant qu'il est tenu à l'intérieur de la Torah.

Il dénote élection, intimité, représentation et alliance.

Il n'efface pas la différence infinie entre Créateur et créature.

Ainsi Moshiach peut posséder une intimité filiale sans égale avec Hachem au sens de l'alliance tout en demeurant humain.

Cela aussi convient au huit.

La plus haute intimité n'exige pas de confusion ontologique.

Proximité sans effondrement.

Relation sans déification.

Panim.

Alliance.

LXXXVIIIParagraphe 89 sur 501

Le Huitième et la prophétie

L'ère de Moshiach restaure des dimensions de perception divine perdues en exil.

Mais la prophétie elle-même enseigne une discipline.

Le prophète ne devient pas la Source de la prophétie.

Plus le réceptacle est clair, plus la distinction est transparente.

L'unicité de Moshe ne le rendait pas divin.

Elle le rendait le plus humble.

Le Huitième suit la même règle.

Une révélation plus grande doit produire un bitoul plus grand.

La fenêtre la plus transparente ne prétend pas être le soleil.

LXXXIXParagraphe 90 sur 501

Le Huitième comme monde sans narcissisme spirituel

C'est peut-être l'un des signes les plus pratiques de la rédemption.

La spiritualité du galout s'emmêle souvent avec l'ego.

Qui est plus saint ?

Qui connaît les secrets ?

Qui possède l'accès ?

Qui a le titre ?

Qui est l'élu ?

Qui reçoit la vision ?

Mais dans un monde saturé de Daat Hachem, le statut spirituel perd une part de son attrait narcissique.

Quand l'eau remplit la mer, une vague a peu de raisons de se vanter d'être mouillée.

Le Huitième universalise l'accès à la conscience divine d'une manière qui sape l'économie de prestige fondée sur la rareté spirituelle.

La sainteté devient moins théâtrale.

Plus vécue.

XCParagraphe 91 sur 501

« Comme les eaux couvrent la mer »

Revenons au verset :

“כמים לים מכסים.”

Comme les eaux couvrent la mer.

Pourquoi comparer la connaissance à l'eau couvrant la mer ?

L'eau ne repose pas simplement sur les créatures de la mer.

Elle est leur milieu.

Elles vivent dedans.

C'est peut-être l'image parfaite du Daat messianique.

Aujourd'hui la connaissance divine est souvent un objet d'étude.

Dans l'avenir elle devient milieu.

L'Alter Rebbe enseigne à contempler l'unité.

Le Huitième vit à l'intérieur d'une civilisation pour laquelle Daat Hachem est atmosphérique.

Non parce que tous deviennent identiques.

Les poissons restent nombreux.

L'eau est un seul milieu.

Sept demeure.

Huit l'entoure.

XCIParagraphe 92 sur 501

Le makif devient milieu

C'est une manière profonde de comprendre makif.

Une lumière enveloppante peut être trop haute pour être pleinement intériorisée.

Pourtant, parce qu'elle entoure, elle établit un contexte.

Le Huitième n'est donc pas nécessairement une information que l'esprit peut contenir.

Il peut être un milieu à l'intérieur duquel l'esprit fonctionne.

Un poisson ne peut boire l'océan en lui.

Il vit néanmoins en lui.

La conscience de Moshiach serait donc moins « je comprends l'infini » que « tout mon champ de vie existe désormais en transparence devant Hachem ».

La première est une fantaisie de l'ego.

La seconde est une demeure.